Des couvreurs encore peu conscients du risque « amiante »

| Publié le 22 juin 2017
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De septembre 2015 à février 2016, 24 entreprises de charpente-couverture ont été contrôlées en Eure-et-Loir par l’inspection du travail. Résultat : peu d’employeurs ont pris conscience des risques d’inhalation de fibres d’amiante encourus par leurs salariés intervenant sur des matériaux comportant de l’amiante.

Toutes les entreprises du secteur ainsi que les organisations professionnelles concernées du département ont étén préalablement informées de ce contrôle. Un courrier leur rappelait les obligations réglementaires de l’employeur et les mesures de prévention à prendre afin que leurs salariés ne soient pas exposés aux fibres d’amiante. Respirer des poussières d’amiante expose en effet à de graves maladies pulmonaires (asbestose, cancer du poumon…) qui peuvent se déclarer très longtemps après l’exposition. Si la vente de matériaux amiantés est interdite depuis le 1er janvier 1997, on retrouve encore de tels matériaux dans certains bardages, dans des plaques de toiture ondulées, dans des conduits de cheminée, dans les imitations d’ardoises…

« Nous avons choisi d’effectuer des contrôles au siège des entreprises et non sur les chantiers car la plupart des obligations de l’employeur doivent être formalisées dans des documents accessibles au siège. Cela nous a aussi permis d’échanger directement avec les chefs d’entreprises, essentiellement des patrons de TPE », explique Jean-Paul Anton, directeur adjoint du travail à l’Unité d’Eure-et-Loir de la Direccte Centre-Val de Loire.

Méconnaissance du risque

Le bilan des contrôles fait apparaître une méconnaissance quasi générale du risque amiante par les employeurs. Si ceux-ci appréhendent bien le risque lorsqu’il s’agit de confier à des entreprises certifiées des travaux de retrait d’amiante importants, le risque n’est pas perçu lors de petites interventions ponctuelles de maintenance ou de réparation de toitures. Or, même dans ce cas, la loi impose au chef d’entreprise de rédiger, préalablement aux interventions, un mode opératoire et une notice de poste indiquant au salarié les méthodes et équipements de travail à utiliser. « Les employeurs, nous disent que la formalisation par écrit de ce type de documents leur paraît démesurée au regard de la brièveté de leurs interventions », poursuit JP.Anton. « Résultat, seule une entreprise avait réalisé un mode opératoire et seule une sur cinq avait recherché la présence de matériaux amiantés avant les travaux. De même quasiment aucune n’avait effectué de mesurage de présence de fibres d’amiante dans l’air afin de vérifier que la valeur limite d’exposition
(VLEP) n’était pas dépassée. »

Le rôle clef de la formation

Seuls points positifs : 40 % des entreprises disposaient bien d’équipements de protection individuelle adaptés (masque, combinaison…) et 1/3 avaient déjà formé à la sécurité leurs salariés intervenant sur des matériaux contenant de l’amiante (MCA). De l’avis même de préventeurs, cette formation apparaît être efficace car une fois formés, certains salariés prennent peur et sensibilisent à leur tour leur patron à l’importance du risque. Problème : cette formation, d’une durée de 5 jours, a un coût élevé pour les TPE : outre les
frais pédagogiques, elles doivent prendre en compte le manque à gagner induit par l’absence des salariés en formation. « Un bilan complet de cette opération de contrôle a été envoyé à toutes les entreprises du secteur », indique JP.Anton. « Le 12 juin prochain, nous réunirons les organisations professionnelles et les préventeurs [1] pour voir comment améliorer la situation. D’ores et déjà, il est envisagé que les médecins du travail remplissent les fiches de ce type d’entreprise en
prenant en compte les risques liés aux métiers du secteur. Par ailleurs, nous allons proposer d’étudier les possibilités existantes au niveau régional, voire national, d’une meilleure prise en charge des coûts des formations. Enfin, nous devrons identifier tous les outils et expliquer de manière simple les techniques d’intervention susceptibles de réduire le taux d’empoussièrement. Peu d’artisans savent par exemple qu’il existe des perceuses munies d’un gel pour limiter la poussière ».

Des solutions accessibles existent donc mais il faudra encore du temps pour convaincre tous les professionnels de l’importance de les mettre en oeuvre.

Notes

[1OPPBTP, CARSAT, SISTEL.

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