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Les entreprises adaptées travaillent en réseau

| Publié le 5 juillet 2017 | Dernière mise à jour le 6 juillet 2017
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A l’initiative de l’unité d’Eure-et-Loir de la Direccte, les 9 entreprises adaptées du département se sont réunies pour la 1ère fois le 14 juin dernier dans les locaux d’une d’entre elles, Document’Hom, au Coudray. Objectif : échanger sur leurs pratiques professionnelles pour remplir au mieux leur mission : l’insertion professionnelle des personnes handicapées.

"Une entreprise adaptée (EA) est une entreprise à part entière dont la spécificité est d’employer au moins 80% de travailleurs handicapés" indique Christophe Baillat, chargé de mission "animation territoriale" à l’unité départementale de la Direccte et initiateur de cette rencontre. "En contre partie de cette obligation d’emploi, l’État, via la Direccte, accorde à ces entreprises des aides financières pour chaque poste concerné. En 2016, les 9 EA d’Eure-et-Loir ont ainsi perçu près de 2 millions d’euros pour l’emploi de 174 salariés".
Les activités réalisées par ces structures sont très diverses. Cela va de l’entretien d’espaces verts à la sous-traitance industrielle (montage de pièces, cablage, conditionnement...), de la gestion de courriers au recyclage de déchets, en passant par des prestations de centre d’appel ou de blanchisserie industrielle.

Des entreprises aux profils très variés

Le tour de table a permis de mettre en exergue les particularités de chaque EA. Certaines, telle l’entreprise Anais à Vernouillet, demeure encore adossée à un établissement du secteur protégé - Esat [1] - qui accueille des personnes ne pouvant pas travailler en milieu ordinaire du fait de leur handicap. Ainsi les 14 salariés d’Anais sont passés par un Esat ; ils ont tous intégré l’entreprise au début des années 90 et souffrent toujours de légères déficiences mentales. "Leur moyenne d’âge est de 51 ans" note Mireille Pouliguen, la directrice. "Dans ce contexte, il est très difficile de les motiver pour se former et de les inciter à bouger. Une prise de poste dans une entreprise ordinaire leur fait peur".
A l’inverse, d’autres structures telles comme Document’Hom, ont été créées plus récemment et sont dans une véritable logique de développement. "En 2 ans, nous sommes passés de 17 à 45 salariés" précise Benjamin Castel, son Directeur, qui a pris une part active dans l’organisation de cette rencontre. Toutefois, dans certains secteurs, la concurrence entre EA s’avère rude et il faut se battre pour arracher des contrats comme en témoigne Laurent Berthuel, directeur de l’entreprise adaptée Printerre : "Nous sommes spécialisés dans le reconditionnement de consommables informatiques (cartouches d’encres). Certaines EA n’hésitent pas à passer des commandes de consommables neufs à des fournisseurs étrangers alors qu’elles sont censées faire reconditionner des cartouches en fin de vie par des travailleurs handicapés. C’est de la concurrence déloyale".

Optimiser la gestion de son personnel

Lors de cette 1ère réunion, plusieurs participants, dont certains venaient d’intégrer tout récemment leur entreprise, ont fait part de leur souhait de se professionnaliser et de mieux connaître les spécificités et les acteurs du monde du handicap. Pour répondre à cette demande, C.Baillat avait demandé à des représentants d’OPCALIA [2], de CAP Emploi [3] et à un consultant en ergonomie d’intervenir au cours de la matinée.
Aurélie Papeguay, conseillère Opcalia, a ainsi présenté les fonctionnalités de la plate-forme "Action compétences" accessible en ligne et qui permet aux EA qui s’y abonnent d’enregistrer pour chacun de leur salarié les formations suivies, les comptes rendu d’entretien professionnel... bref de disposer d’un véritable dossier RH informatisé de leur personnel. Ce logiciel aide aussi les responsables de structures à rédiger des fiches de poste à l’aide d’un référentiel métiers et à adopter une démarche de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) en leur éditant par exemple des pyramides des âges et des anciennetés.

Améliorer les conditions de travail

Christophe Cosme, consultant en ergonomie, a expliqué pour sa part les modalités de ses interventions sur site : analyse du Document unique d’évaluation des risques, prises de photos/vidéo pour observer le fonctionnement des équipements, entretien avec les opérateurs... pour parvenir in fine à un diagnostic et à la préconisation d’un plan d’action pour améliorer les conditions de travail des salariés. Il a réalisé sur ce modèle une étude ergonomique pour l’EA BAJE à Brou et celle-ci a pu être subventionnée à 70% par la Carsat [4].
"J’ai de plus en plus de salariés en surcharge pondérale" remarque quant à elle Mme Pouliguen d’Anais. "Je voulais notamment acheter de nouvelles chaises mieux adaptées. J’ai sollicité l’intervention d’un ergonome du Sistel [5] qui est venu 3 jours dans nos locaux et ses recommandations nous ont aidé à choisir le bon matériel suivant le type d’activité".
Chez MDC’EA à Nogent-le Rotrou, tous les postes de travail ont été revisités pour prévenir entre autre les troubles musculo-squelettiques et le taux d’absentéisme a très vite baissé. Pour Christopher Riché, chef d’équipe, "les aménagements ne sont pas forcément très onéreux, il faut avant tout faire preuve de bon sens. Nous avons modifié les hauteurs de certains postes et surtout éliminé tout port de charge ou position à risque pour le dos. Par ailleurs, nous avons mis en place une prime d’intéressement pour les personnes qui acceptent de changer de poste dans la journée".

Réussir ses recrutements


Enfin, Cap Emploi, organisme spécialisé dans le placement en emploi des personnes handicapées, a expliqué aux responsables d’EA comment il pouvait les aider dans leur recrutement de nouveaux travailleurs handicapés mais aussi dans le placement de certains de leurs salariés en milieu ordinaire. La société Printerre a ainsi déjà pu présenter son savoir faire et ses postes à pourvoir auprès de 3 groupes d’une vingtaine de candidats sélectionnés par Cap Emploi. "A l’issue de ces réunions collectives de présentation, je recrute en moyenne 2 à 3 personnes et cela me permet aussi de constituer un vivier de candidats" témoigne L.Berthuel. "Cap emploi nous connait bien et nous envoie à chaque fois des profils de stagiaires pertinents" remarque Catherine Sicard, co-Directrice de BAJE. Et d’ajouter : "De toute façon chez nous, tout recrutement passe par une période de stage préalable".
"Sachez que nous pouvons aussi vous aider à recruter des personnes handicapées en contrat d’apprentissage ou de professionnalisation" ajoute Aude Barbier, chargée de mission à Cap Emploi. "Vous pouvez même proposer des périodes de professionnalisation à vos salariés qui souhaiteraient s’engager dans un cursus de formation de moyenne ou de longue durée".
Un cocktail a ensuite permis à chaque participant d’échanger de manière plus informelle. Tous étaient en tout cas convaincus de l’intérêt de ce type de rencontre et aspiraient d’ores et déjà à une prochaine réunion. Comme quoi, à l’ère des plates formes collaboratives, le travail en réseau semble de plus en plus incontournable pour des professionnels soucieux de mutualiser leurs pratiques.

Pierre DUSSIN

Notes

[1Etablissement et service d’aide par le travail

[2Organisme paritaire collecteur agréé pour les contributions des entreprises au titre de la formation professionnelle continue

[3Organisme de placement spécialisé au service des personnes handicapées

[4Caisse d’assurance retraite et de la santé au travail

[5Service Interprofessionnel de Santé au Travail en Eure-et-Loir

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