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Mieux lutter contre les discriminations sur le marché du travail

| Publié le 10 mars 2017
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Près de 80 professionnels de l’emploi de l’Indre ont participé le 2 mars dernier à Châteauroux à un séminaire dédié à la lutte contre les discriminations organisé par l’Unité départementale de la Direccte Centre-Val de Loire.

Les discriminations en matière d’accès à l’emploi mais aussi à l’encontre de salariés (évolution de carrière, accès à la formation…) sont plus que jamais d’actualité.
Ainsi Jacques Brana, l’un des deux délégués territoriaux du Défenseur des droits présents sur le département, a-t-il rappelé en introduction du séminaire que sur les 4900 réclamations ayant trait à des situations de discrimination enregistrées en 2015 au niveau national, près de la moitié d’entre elles concernaient le domaine de l’emploi.
En tête des motifs de discrimination le plus souvent signalés dans ce domaine [1] , on trouve les critères suivants : origine/race (9%), handicap (8%), état de santé (9%), activité syndicale (5%), âge (4%) et grossesse (4%).

Sensibiliser prescripteurs et recruteurs


« Les discriminations sur le marché du travail sont les plus pénalisantes puisque l’insertion dans l’emploi conditionne l’intégration sociale » rappelle Nadia Raulshausen, directrice départementale de la Direccte Centre-Val de Loire. « Suite à une enquête conduite par l’Observatoire régional emploi-formation (ORFE), il est apparu qu’un quart des personnes interrogées déclaraient avoir été victime d’une discrimination mais que plus de 70% d’entre elles ne savaient pas à qui s’adresser pour faire valoir leurs droits. Nous avons donc décidé d’initier cette rencontre afin de sensibiliser les professionnels de l’emploi (prescripteurs, recruteurs…) à l’importance de ce type de discrimination et de les inciter à partager leurs expériences dans ce domaine. L’objectif in fine étant de mutualiser les bonnes pratiques et même de concevoir une formation sur le sujet qui réponde vraiment à leurs attentes ».

Eviter les aprioris lors des recrutements

Trois ateliers étaient donc organisés au cours de la matinée et s’adressaient respectivement aux recruteurs, prescripteurs et candidats à une offre d’emploi. Une quinzaine de responsables(DRH, responsables d’agences d’intérim…) ont ainsi pu échanger sur leurs modes de recrutement ainsi que les points de vigilance ou erreurs à éviter. « Il faut faire attention aux aprioris sur la maîtrise de la langue française » témoigne Marie-Joseph Maurice, en charge du recrutement à l’usine Michelin de Saint Doulchard (18). « Si certains candidats ont des difficultés avec le français, cela ne les empêche pas de réussir les tests psychotechniques ou les simulations sur machines que nous leur proposons ».
Il a été aussi rappelé qu’il fallait prendre soin de prohiber lors de l’entretien d’embauche toute question susceptible d’être discriminante relative à la situation familiale, la résidence géographique, la pratique religieuse… du postulant. Enfin, tous les participants ont insisté sur le fait que le processus de recrutement devait être bien normé afin de respecter un égal traitement à chaque candidat. Car devant les juridictions civiles, si la victime doit apporter des éléments de faits précis, c’est à l’employeur désigné responsable de l’acte discriminatoire de démontrer que sa décision est justifiée par des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. « A la SNCF, tous les recruteurs ont eu 2 jours de formation et tous nos recrutements sont réalisés en binôme recruteur/psychologue » précise Dominique Onillon, manager engagement sociétal à la SNCF Centre-Val de Loire. « Les entretiens sont tous réalisés dans un laps de temps calibré à partir d’une grille précise et identique pour tous. A l’issue d’une première sélection, nous répondons par écrit à tout candidat qui le souhaite en lui expliquant les raisons objectives et motivées qui ont conduit au fait qu’il ne soit pas retenu. Ce document peut être opposable devant un juge ».

Un accompagnement insuffisant des victimes


Dans le cadre de l’atelier dédié aux organismes prescripteurs, des agents de Pôle emploi ont notamment rappelé les actions déjà mises en œuvre au sein de leur structure pour éviter toute discrimination : formation systématique des conseillers concernés, réalisation d’un guide d’aide à la rédaction des offres d’emploi… Des responsables de la chambre des métiers de l’Indre ont aussi fait part des précautions prises pour la publication d’offres d’emploi d’apprentis.
Enfin, Anne Massip, chargée de mission au GIP Alfa et rapporteur de l’atelier donnant la parole aux salariés et aux demandeurs d’emploi, a remarqué que beaucoup de personnes victimes d’une discrimination n’osaient pas initier des poursuites de peur de ne pas savoir apporter des éléments tangibles de preuve. Et faute aussi de trouver sur leur territoire des relais à même de les accompagner dans leurs démarches. Il faudrait donc que les missions des délégués du défenseur du droit soient mieux connues et qu’une cartographie précise des organismes locaux intervenant en matière de lutte contre les discriminations et la promotion de la citoyenneté et de la laïcité soit établie comme le suggérait la directrice départementale de la Direccte en clôture du séminaire.

Pierre DUSSIN

Notes

[1Rapport d’activité 2016 du Défenseur des droits.

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