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Rencontre « Handicap et Numérique : nouvelles pratiques et nouveaux usages »

| Publié le 4 février 2019 | Dernière mise à jour le 5 février 2019
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Cette conférence-débat a réuni le 21 janvier dernier à Orléans, dans le cadre des « Human Tech Days », une soixantaine de participants (salariés handicapés, DRH, professionnels de l’emploi…).
Les métiers du numérique sont-ils accessibles aux handicapés ?, le télétravail et les technologies 4.0 sont-ils pour eux des facteurs d’inclusion ?... Tous ces sujets ont été abordés à travers la présentation d’outils et le témoignage de professionnels et de personnes en situation de handicap.

Initiée dans le cadre du « Plan régional d’insertion des travailleurs handicapés » coordonné par la Direccte, cette conférence-débat a d’emblée abordé le télétravail comme facteur d’insertion professionnelle pour les personnes en situation de handicap. Arnaud Lévêque, délégué régional de l’Agefiph, bénéficie lui-même d’un jour de télétravail par semaine et a précisé que son association peut financer l’aménagement du poste du salarié handicapé ayant recours au télétravail.

Visio travail et box insonorisés

A Tours, l’entreprise adaptée O3 Experts, spécialisée dans les prestations administratives (saisie de données, GED…) a développé un programme spécifique pour favoriser le recrutement et l’intégration en son sein de demandeurs d’emploi handicapés notamment des autistes et traumatisés crâniens. « Nous avons conçu dans nos locaux des box insonorisés et au design adapté pour le travail en visio-conférence » précise Nicolas Pontroue, co-gérant d’O3 Experts. « Cet environnement convient bien à des personnes autistes qui sont ainsi isolées de l’agitation de notre plateau paysagé et des sollicitations inopinées de collègues. Mais cela ne veut pas dire qu’elles se retrouvent seules car le logiciel que nous avons élaboré permet à leur manager d’avoir toujours un œil sur leurs travaux et de répondre très vite à leurs questions. Grâce à ce programme, nous ambitionnons à terme de permettre à une centaine de personnes handicapées d’avoir accès à un emploi ».
Nicolas Raimbault, dirigeant de la société Ageona, experte en solutions « cloud » 100% numérique pour les entreprises et collectivités, a démontré pour sa part aux participants, via une visio-conférence, qu’aujourd’hui, la suite bureautique de Google (Gsuite business) offrait aux salariés une gamme complète d’outils de communication et de collaboration conforme au règlement général de protection des données (RGPD). Seul bémol, il semblerait, - dixit Tom Raybaud, Président de l’association des chiens guide d’aveugles d’Orléans et créateur d’Handiwork consulting - que tous les outils de la Gsuite ne soient pas encore paramétrés entièrement pour une accessibilité à des malvoyants. A ce sujet, Corentin VOISEUX gérant d’une entreprise de l’économie sociale et solidaire, Hypra, a présenté pour sa part des solutions gratuites ouvertes. Il propose un accompagnement à la prise en main de ces solutions notamment aux personnes éloignées du numérique.

Des métiers du numérique en plein essor

Pour Pascal Grégoire, délégué régional duSYNTEC, le syndicat professionnel des entreprises de services du numériques – ESN - (ex SSII), cela ne fait aucun doute : ce secteur d’activité en plein essor doit faire face à de sérieuses difficultés de recrutement et constitue une réelle opportunité de carrière pour les personnes handicapées en recherche d’emploi. « En 2017, nous dénombrions en Centre-Val de Loire 7600 salariés exerçant soit dans une ESN soit chez des éditeurs de logiciel ou des sociétés de conseil en technologie. Si l’on inclut tous les informaticiens salariés au sein d’entreprises ou de collectivités, nous arrivons à près de 15 000 emplois !  ». Principaux métiers en tension : les développeurs web, les techniciens spécialistes de la sécurité des réseaux et ceux dédiés à l’architecture des systèmes d’information.

Des formations accessibles

Bonne nouvelle : selon Antoine Bocqueho, dirigeant de Géonomie et membre du groupe de travail « Handicap et numérique » au SYNTEC, « de plus en plus d’écoles et d’organismes de formation préparant à ces profils privilégient les capacités des stagiaires à acquérir des compétences et non les diplômes déjà acquis ». Leurs portes sont donc ouvertes à des demandeurs d’emploi non diplômés mais motivés comme le confirme Victoria Beltry, campus-manager à la Wild Code School. « Nous n’exigeons aucun prérequis pour entrer dans un de nos 13 campus ouverts à ce jour en France. Il suffit d’être majeur. En revanche, nous demandons aux candidats de réaliser une trentaine d’heures d’exercices en ligne et ensuite de passer 2 entretiens, en visio-conférence s’ils le souhaitent : un de motivation et un plus technique. Sur les 1100 Wilders que nous avons accueillis, 87% d’entre eux trouvent un emploi l’année suivante ».

Le Conservatoire des arts et métiers (CNAM) propose de son côté l’accès sur la région à plus de 60 certifications ou diplômes (de Bac + 1 à Bac + 5), soit en cours du soir, soit en alternance. Séverine Vassort, référente handicap au CNAM Centre-Val de Loire, indique que « les stagiaires ont accès aujourd’hui à des espaces numériques de formation, des classes virtuelles, de nombreux MOOC en ligne… ». L’obstacle de la mobilité pour certaines personnes handicapées est donc en partie levé. Mais cette offre ne semble pas encore assez connue car actuellement sur les 1800 stagiaires inscrits, seuls…3 préparent, en situation de handicap, une formation à des métiers du numérique.

Des entreprises se mobilisent

Une responsable de la mission handicap de la société Altran, leader mondial du conseil en ingénierie numérique et innovation produit, fait part d’une forte volonté d’intégration de son entreprise. « Nous avons su nous regrouper avec d’autres sociétés pour élaborer des cursus de formation adaptés et amener ainsi des salariés handicapés d’un niveau Bac+2 à un niveau Bac+5 ».

Même approche volontariste au BRGMà Orléans. « Nous avons 36 salariés handicapés, soit 4,7% de nos effectifs » rappelle Vincent Bouchot, référent handicap. « La moitié de leurs postes de travail ont été aménagés. A titre d’exemple, notre direction informatique a accueilli Blanche, autiste, en master 2, pour un stage de 6 mois ». « Nous avons réduit le temps de son entretien d’embauche pour qu’elle ne soit pas en sur stress et par la suite son manager, qui a été son tuteur, a été très vigilants » témoigne Olivier Frézot, chef de projet. « Elle ne supportait pas d’autres présences que son collègue dans son bureau et elle allait toujours le plus tard possible à la cantine pour éviter les contacts avec les autres salariés ».
En dépit de ces évitements, son stage s’est très bien déroulé et le BRGM l’a même embauchée en CDI. Aujourd’hui, Blanche est devenue une spécialiste du langage JAVA dont les compétences sont recherchées et l’ont conduite à intégrer une entreprise adaptée, Atimic, spécialisée dans le développement informatique.

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